| Alors maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? |
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| Lundi, 13 Décembre 2010 11:54 |
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n prison, on connaît des situations qui mordent, qui broient, qui tenaillent, qui dévorent ou qui explosent. Cette fois, ça gratte. En 2008, des détenus du 3e étage, allée droite, bâtiment D4 de la maison d'Arrêt de Fleury-Mérogis, se sont mis à avoir des démangeaisons. Évidemment, ces histoires de petits boutons pourraient - au premier abord - paraître presque cocasses face aux condamnations pour traitements « inhumains et dégradants », régulièrement dénoncés par la Cour européenne de Strasbourg, le Comité de prévention de la torture ou les tribunaux français. Reste que les détenus du D4 continuent de se plaindre. Une invasion de « punaises de lit » finit par être diagnostiquée et, en une vague de « désinfection massive », plus de 120 cellules sont vidées, traitées, puis remises en service. La parabole des punaises vient de commencer. En effet, ça ne se calme pas. Ça s'étend. Des détenus du bâtiment D5 se sont mis à se gratter. Des mineurs du Centre des jeunes détenus aussi. En 2009, une nouvelle enquête évoque, cette fois, la possibilité de gale du pigeon, ces oiseaux qui pullulent à Fleury. Ou bien des puces. Ou encore une ménagerie complète, c'est-à-dire à la fois les punaises, les pigeons et les puces. En tout cas, la tension monte dans les cellules infestées, chauffée par les insomnies et les inflammations. En prison, faire entendre sa voix relève de l'impossibilité, qu'on veuille dénoncer les atteintes aux droits de l'Homme ou de petits boutons rouges. La parole, aussi, est détenue, et c'est d'ailleurs le thème d'une journée sur la liberté d'expression organisée par l'OIP. Bref, ceux du D4 utilisent le dernier moyen qui leur reste pour attirer l'attention : ils refusent de réintégrer les cellules, malgré la menace de sanctions administratives. Une nouvelle remise à neuf est lancée, avec peinture fraîche, changement de mobilier, bûcher pour la literie. Et les détenus continuent de se gratter. En 2010, le Contrôleur général des prisons saisit à son tour le contrôle sanitaire et social. Il faudrait maintenant désinfecter près de 650 cellules sur trois bâtiments. Entre-temps, pourtant, les punaises de lit ont été sacrées ennemis public numéro 1. On parle de « psychose » et de « guerre totale ». Mais dehors, pas dedans : l'invasion a touché les appartements de New York ou Montréal avant de gagner Paris. À Fleury, en revanche, on continue à se gratter dans le silence. Combien de rapports, de réunions le directeur de l'établissement a-t-il pourtant déjà alignés ? Des dizaines. Il est le premier à se désoler que la nature même de la détention - promiscuité, surpopulation, impossibilité de vider entièrement chaque bâtiment - rende toute solution durable impossible. Nous y voilà. La prison n'a certes pas engendré les punaises, pas plus qu'elle n'a inventé le crime. Mais les conditions de la détention font en sorte que ni les punaises, ni le crime ne peuvent reculer entre les murs. Au contraire, ils se multiplient. Alors maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? Florence Aubenas © photo Laurent Troude |






