| Politique pénale : quand les idées reçues dictent leurs lois |
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| Jeudi, 12 Janvier 2012 00:00 |
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C hers lecteurs, Nous avons le plaisir de vous annoncer la parution du n°74-75 de la revue Dedans Dehors. "Politique pénale : quand les idées reçues dictent leurs lois", tel est le titre du dossier que l'OIP a souhaité consacrer à cette problématique car s'il est un domaine où fantasmes et contre-vérités cohabitent, c'est bien celui du crime, de la délinquance et de la peine. « Ce qui domine est la désinformation et la propagation des idées reçues, par exemple que la peine de mort peut faire reculer la criminalité ou que les taux d'homicide sont en hausse », estime Denis Salas, magistrat. Les idées reçues concernent aussi bien les auteurs d'infraction que la nature de la délinquance ou de la réponse pénale. Il n'est pas un crime médiatisé sans que ne soit brandie la figure du « monstre » à bannir de l'humanité. Comme s'il fallait que chacun puisse aussitôt s'en démarquer. « Ils sont nous », affirmait à l'inverse l'OIP dès sa création en 1990.[...] Le psychiatre Jean-Louis Senon rappelle ainsi que nous sommes tous porteurs de sentiments tels que « la violence, la haine, la rage, la jalousie », qui « dans certaines circonstances, peuvent conduire au passage à l’acte criminel ». Acteurs et professionnels relèvent souvent, en se plongeant dans un dossier pénal, qu’un passage à l’acte, même grave, peut arriver plus facilement que l’on ne veut bien l’admettre. Nombre d’études criminologiques analysent ce contexte dans lequel une personne a « basculé », cette succession d’évènements et de situations ayant agi pour elle comme des facteurs déclencheurs : séparation d’un conjoint, perte d’un travail, alcoolisme, rupture de soins, isolement, fréquentations… Des conseillers d’insertion et de probation expliquent que « le passage à l’acte criminel est un passage à l’acte dynamique, c’est-à-dire que la personne n’était pas pré-déterminée à le commettre dans n’importe quelles circonstances. Le passage à l’acte s’est produit dans un contexte particulier où une pluralité de facteurs se sont trouvés réunis »[1]. Une telle approche ne se veut ni banalisante, ni dé-responsabilisante, à la recherche d’un équilibre entre la part de choix individuel et des facteurs sociaux qui alimentent les comportements dits « déviants » (précarité, discriminations, délitement du lien social…). Elle permet également de mieux accompagner les personnes ayant commis un jour une infraction, ce qui nécessite préalablement de chercher à comprendre. « Reconnaître eux-mêmes le scénario d’un délit représente une valeur positive pour les délinquants parce qu’il leur sera possible d’identifier plus tôt en eux-mêmes les signaux de risque et de parvenir à une solution tous seuls ou avec l’aide de leur entourage », explique le professeur néerlandais Bas Vogelvang[2].
La tyrannie du discours sécuritaire
Demande de sécurité, demande de répression ?
Les idées reçues sont également légion quant à la demande des victimes. Allongement des peines, mesures de sûreté, peines minimales pour les récidivistes, construction de prisons pour courtes peines… le législateur n’a plus de limites quand il s’agit d’inventer des dispositifs au nom des victimes. Lors de l’examen de la loi sur la rétention de sûreté en janvier 2008, la garde des Sceaux Rachida Dati invoqua le « petit Enis, enlevé et violé à l’âge de cinq ans alors qu’il jouait devant chez lui. Sans sûreté, il ne peut y avoir de vie. Je pense à la jeune Anne-Lorraine Schmitt, violée et tuée alors qu’elle se rendait dans sa famille en RER ». Il semble pourtant que la demande des victimes soit plus variable et complexe que celle de la répression vengeresse. La criminologue belge Sonja Snacken explique que les recherches victimologiques montrent que leurs principales attentes relèvent d’un « besoin de se sentir reconnu et respecté en tant victime », d’obtenir des explications sur les faits et l’action judiciaire… et pas tant de « l’allongement des peines ou l’abolition de la libération conditionnelle »[5]. Brigitte Sifaoui nous en offre un exemple, en expliquant qu’elle aurait préféré, plutôt que 30 ans de prison sans contenu pour l’assassin de son frère, qu’on lui dise : « on va le garder 5 ou 10 ans, pendant lesquels [un] travail thérapeutique va être accompli et les conditions de sa sortie bien préparées ».
Industrialisation des peines sans contenu
Sarah Dindo
[1] CIP interviewé, dans « SME : la peine méconnue – une analyse des pratiques de probation en France », S.Dindo, DAP/PMJ1, mai 2011. Découvrez en ligne des extraits du numéro : - une interview (article du dossier) de Brigitte Sifaoui, auteur de L'homme qui a tué mon frère (Albin Michel, 2005) le sommaire intégral du numéro Bonne lecture! |







