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Loi du silence : l’heure d’en finir ! Imprimer Envoyer
Mercredi, 08 Décembre 2010 14:09

affichedebatlyonIl n'est pas une journée où la prison ne fasse parler d'elle. Paradoxe, c'est principalement en écho à ce que quelqu'un, entre les murs, a décidé de se réduire au silence. Deux, parfois trois suicides par semaine, si l'on évoque les seuls prisonniers. Davantage si l'on y ajoute les surveillants. Paradoxe ? C'est précisément la question, sans réponse jusqu'à maintenant. Mais qui est à l'ordre du jour de ce 10 décembre qui célèbre la Déclaration universelle des droits de l'homme. Et du lendemain, à Lyon, où l'OIP entreprend de réunir dans un même espace de lieu et de temps les uns et les autres qui vivent, travaillent et interviennent derrière ces murs. Pour libérer la parole détenue. Toutes les paroles détenues. Interdites, empêchées, contraintes, donc disqualifiées, dénaturées, caricaturées. L'énoncé vaut programme. Il n'en est pas d'autre. Et c'est l'heure !


En effet, il se passe quelque chose. De toute la France, les voix de l'intérieur, sollicitées dans le cadre des Journées nationales inter-associatives fin novembre - « prison : la dernière grande muette » - et par l'OIP maintenant, ont exprimé leur volonté de se faire entendre. « Dormez prisonniers, l'administration veille sur vous. Ne revendiquez pas, dormez ! Si vous avez besoin de quelque chose, demandez mais surtout dormez, autrement attention aux transferts ! Chantage à mots couverts pour vous inciter à vous éteindre petit à petit et à rentrer dans le moule que l'administration à mis en place pour vous. Ne pensez pas, ne revendiquez pas, tout va bien. Mais, pour qui ? Sûrement pas pour les détenus », dit Charles*, détenu à la maison d'arrêt de Corbas. Il n'est pas le seul au sein de la prison lyonnaise : « J'ai souhaité m'exprimer car il est très difficile de saisir la complexité du monde carcéral [...], l'institution souffre d'un manque de transparence et de communication qui laisse la place au fantasme, à l'ignorance et au soupçon », explique un surveillant dans la revue de l'OIP. Ces prises de parole ne sont pas anodines. Comme il n'est pas anodin qu'un récent rapport de l'administration pénitentiaire sur le « droit d'expression collective des personnes détenues » admette que sa reconnaissance « induit un renversement radical de perspectives ».


À Lyon, dans le grand amphithéâtre de l'Université Lumière, prendront la parole les rares prisonniers à qui a été accordée pour l'occasion une permission de sortir, d'anciens prisonniers bien sûr, des proches de personnes incarcérées, mais aussi des personnels et intervenants, en poste ou à la retraite, en fonction ou démis de celle-ci. Florence Aubenas, présidente de l'OIP, Jean-Pierre Guéno, auteur du livre Paroles de détenus, et Antoine Lazarus, animateur du Groupe multiprofessionnel des prisons, animeront cette journée exceptionnelle. Exceptionnelle ?« Pour l'heure, nous sommes dans un jeu d'opposition et de divisions nuisible à tous, mais qui fait certainement le jeu de nos décideurs qui ont le pouvoir, notamment celui de faire des économies budgétaires », témoigne Marc, surveillant de maison d'arrêt et membre influent d'un syndicat de personnels. Il ajoute : « les surveillants souffrent d'une situation inextricable. Je pense que le contexte pénitentiaire tel que nous le vivons, ne nous place toujours pas dans les meilleures dispositions pour laisser libre cours à la parole, sans que celle ci ne soit condamnée, jugée ».


À la maison d'arrêt de Tours, les intervenants ont décidé de prendre la parole pour dénoncer la surpopulation chronique de l'établissement dont les « conséquences néfastes » se font sentir sur tous les aspects de la vie quotidienne. Et d'estimer que « quand les surveillants vont mal, c'est toute la détention qui souffre. Cela se ressent sur les détenus ». À Corbas, ce sont des prisonniers qui relatent le mal-être des personnels : « toutes les caméras de partout font l'objet de méfiance de la part des surveillants qui se sentent surveillés et qui se disent brimés par ce système », raconte Antoine.La certitude d'un sort qui a partie liée a ouvert la voie à une prise de parole commune. L'idée a fait son chemin, à la suite des expériences inscrites dans l'histoire des prisons françaises, à la suite des États généraux de la condition pénitentiaire qui ont donné la parole à l'ensemble du monde carcéral. La chape de plomb qui recouvre l'univers carcéral n'est déjà plus absolue.


L'OIP réitère son appel, lancé le 30 septembre à tous les détenus de France, à leurs proches, à tous les personnels de l'administration pénitentiaire, à tous ceux qui interviennent à un titre ou un autre en détention. Nous voulons savoir : qu'en est-il de votre droit à vous exprimer ? En d'autres termes : comment parlez-vous derrière les murs ? Comment vous parlez-vous derrière les murs ? Comment vous exprimez-vous autrement à défaut de parole permise et entendue ? Comment dialoguez-vous avec l'extérieur ?


* Tous les prénoms ont été modifiés.